La Redoute et les 3 Suisses ferment leurs réseaux de magasins physiques : stratégie ou erreur stratégique ?

Tout le monde est unanime pour dire que le cross canal est LA tendance web d’aujourd’hui et de demain. Fort de ce constat, les Pixmania, Cdiscount et d’autres pure players ont commencé à développer leur propre réseau de points de vente, afin de faire face à un mode de consommation en pleine mutation.

Paradoxalement, les deux grands acteurs de la VPC en ont décidé autrement : les magasins la Redoute et 3 Suisses sont en cours de fermeture de leurs magasins physiques. Pourquoi une telle décision ?

Le vrai générateur de business pour ces deux enseignes est la VAD (vente à distance). En effet, en 2010, 80% du chiffre d’affaire de la Redoute a été réalisé grâce à son site e-commerce (source : FEVAD). Existerait-il donc une exception à cette tendance de fond qu’est le cross canal ?

Les études montrent qu’à plus long terme, les consommateurs ne se tourneront vers les sites marchands qu’en cas de préparation d’achat ou en cas de dernier recours (« je ne le trouve nulle part en magasin, je vais le commander sur internet »). Ils privilégieront d’abord les points de vente pour des raisons économiques (pas de frais de livraisons), temporelles (immédiateté du produit) et sécuritaires (assurance de la bonne qualité du produit, acheté après l’avoir essayé/touché).

C’est donc une décision pour le moins étonnante. Le groupe 3 Suisses explique vouloir privilégier leur politique de point relais indépendants (4300 en France). Pourtant un point relais ne remplacera jamais un magasin, un vendeur, un conseil, une expérience d’achat…

On peut penser que leur image de VPCiste ne leur a pas permis d’imposer à date d’aujourd’hui un modèle de point de vente physique auprès du consommateur. Maintenant il faut prendre cette décision avec du recul. Elle ne présume en rien du futur, et le  rachat d’un réseau de magasins déjà en place n’est pas impossible… quand on a de l’argent !

La géolocalisation IP : est-elle d’une qualité suffisante ?

La géolocalisation par IP, pour ceux qui ne connaissent pas ou que vaguement, consiste à déterminer la provenance géographique d’un internaute grâce à son adresse IP (on estime sa localisation à l’endroit déterminé par les coordonnées GPS du point d’accès ADSL auquel il est relié).

Les services qui utilisent la géolocalisation IP sont nombreux (publicité, portails de contenu…), mais en règle général ils ont tous en commun de vouloir rapprocher l’internaute d’une offre locale (un magasin, une promo, une rencontre…).

J’entends souvent des personnes nuancer l’intérêt de la géolocalisation IP utilisée sur internet, ne la jugeant pas assez précise. Ils prennent souvent pour exemple un test fait en entreprise, qui leur a donné pour résultat « Vous êtes à Paris » alors qu’ils ne s’y trouvaient pas. Dans certaines entreprises en effet, les réseaux informatiques privés mis en place indiquent des adresses IP qui ne sont pas représentatives de la position géographique de l’entreprise et de la personne connectée à internet.

En juillet 2010, on dénombrait près de 38 millions d’internautes en France. L’appréciation d’un service pour tout un marché ne saurait se faire sur la base d’une observation faite à si petite échelle. Des études menées par des cabinets indépendants évaluent la qualité des technologies de géolocalisation par IP en donnant des taux de réussite par pays.  En France, ces études indiquent un taux de près de 80%. Ce chiffre veut simplement dire que c’est loin d’être parfait, mais que dans l’ensemble ça marche et pas si mal que ça.

Il faut aussi voir que les technologies évoluent et que les dernières versions des navigateurs (Firefox, Chrome…) intègrent déjà la géolocalisation. Nous allons donc vers des améliorations très rapides de ce type de service.

Enfin, il faut se demander en quoi une géolocalisation imparfaite est un frein pour le business. Prenons l’exemple d’une promotion magasin visible sur un site qui aurait 10 000 visiteurs/jour :

- pour 8000 d’entre eux le message « Promo disponible dans notre magasin à X km de chez vous » est pertinent,

- 2000 internautes seront mal géolocalisés et parmi eux, ceux qui seront sensibles à la promo comprendront qu’ils devront saisir leur code postal dans la case « Mal localisé ? Changez de localisation ».

Est-ce une mauvaise opération ? N’importe quel statisticien vous dira que c’est une très bonne moyenne. Un patron vous dira que l’opération est excellente !

Le but est-il atteint  ?  Oui et pour les 2 populations. L’internaute, bien ou mal localisé aura compris que la promo est disponible dans un magasin près de chez lui et sera entraîné malgré lui dans une réflexion d’achat local, qu’il n’aurait pas eu si vous n’aviez pas insisté sur vos points de vente.

Enfin je terminerai par une étude récente qui traite de la relation achat internet et magasin de proximité. Elle montre que le taux de conversion sur un site e-commerce d’une enseigne est meilleur si l’internaute dispose d’un magasin d’enseigne à proximité. Il coule donc de source que rapprocher le point de vente des fiches produits de son site internet rassure l’internaute et n’a que des avantages pour le business ! Encore une force qu’ont les distributeurs traditionnels VS leurs concurrents pure players…

(Pour voir un exemple : http://www.proximis.fr/exemples).

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